Opposition (dé)constructive

Articles

Chacun pour soi, et Dieu pour tous

       Notre protection sociale, composée des assurances maladie, chômage et vieillesse, connaît aujourd'hui d'importants déséquilibres. Ceux-ci sont susceptibles d'entraîner l'effondrement de l'édifice dans son ensemble, c'est dire si des adaptations sont nécessaires !

      La classe politique semble avoir pris conscience de la situation. Cependant, des solutions fortes diverses, et non dénuées d'arrière-pensées idéologiques, nous sont offertes. Pour bien percevoir les tenants et les aboutissants de telle ou telle mesure, il convient donc de ne pas se limiter au critère de l'efficacité, indéniablement important, mais qui, sous couvert de l'adage "la fin justifie les moyens", tend à mettre l'accent sur les moyens pour mieux masquer les fins. En effet, sauver l'édifice devrait consister avant tout à sauver l'esprit de l'édifice. Or, les solutions avancées par certains libéraux dénaturent en profondeur le système de solidarité nationale institutionnalisé par notre protection sociale.

     Les appels répétés en vue de sortir de l'actuel système de répartition (entre actifs et retraités, entre actifs occupés et chômeurs, entre malades et bien-portants) pour adopter un système par capitalisation (c'est-à-dire de prévoyance individuelle) sont autant de coups de semonce. Et les justifications apportées ne font que confirmer les craintes. S'il peut sembler souhaitable de recentrer la protection sociale sur les plus nécessiteux, et laisser les autres se prendre en charge, une telle orientation rompt avec la solidarité pour devenir, ni plus ni moins, de la charité.

     Il ne s'agit plus, dès lors, de protection sociale mais d'aide sociale. Et la devise mousquetairine "un pour tous, tous pour un !" s'efface pour l'expression "chacun pour soi, et Dieu pour tous" ...

     Avant de liquider les acquis sociaux nés de l'enthousiaste réconciliation nationale de l'après-guerre, interrogeons-nous sur les fondements que nous souhaitons donner à notre société. Il n'est pas du tout certain que la charité constitue un ciment aussi efficace que la solidarité. Ne parlons même pas de sa conformité avec la devise républicaine qui orne les frontons de nos écoles...


Posté le 22/07/2007 | 30 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

Non aux 35 heures ! Oui aux 30 heures max ...

       La France connait deux déséquilibres qui font peser sur elle un poids considérable : le chômage et le financement des retraites. Dans le premier cas, celui du chômage, le déséquilibre réside dans la part croissante des chômeurs parmis la population active, au "détriment" des actifs salariés, ou en tout cas occupés. Ces derniers supportent également le second déséquilibre, le problème des retraites, puisque leur nombre diminue relativement à celui des retraités...

       Ces problèmes sont des enjeux majeurs pour notre société, parce qu'ils représentent une menace inégalée contre nos assurances chômage et vieillesse. En effet, comment financer des dépenses croissantes avec une population active occupée décroissante ? D'aucuns nous diront de prendre individuellement des précautions pour se mettre à l'abri ... solution non politique s'il en est !

       Certes, on pourrait reprocher à la solution que j'envisage d'être une solution non économique s'il en est. Elle mérite cependant d'être étudiée, me semble-t-il. Comme nous l'avons vu, il s'agit de déséquilibre. Qu'à cela ne tienne ! Rééquilibrons tout cela.

      Nous vivons de plus en plus longtemps, et notre santé nous permet (paraît-il) de travailler plus longtemps : augmentons le nombre d'annuités nécessaires à l'acquisition d'une pleine retraite ... Le nombre de retraités baisse, tandis que celui des actifs occupés croît !

      Nous sommes de plus en plus productifs (et ce, depuis des siècles), et notre temps libre augmente (et ce depuis un siècle) : accentuons l'effort et travaillons réellement moins, afin de partager le travail entre chômeurs et actifs occupés !

      La vrai difficulté réside dans la combinaison de ces deux équilibres : une augmentation trop forte du nombre d'annuités de cotisation anéantirait les effets d'une baisse du temps de travail sur le chômage. De même, le volume global d'heures travaillées ne doit pas décroître, il devrait même sensiblement augmenter pour contribuer, en plus des gains de productivité, à la croissance de l'économie.

     Pour trouver cet équilibre des équilibres, je me suis livré à de petits calculs, prenant en compte le nombre d'heures hebdomadaires travaillées, le nombre d'annuités de cotisation, la population active occupée et le nombre de chômeurs. Certes mes calculs ne reflètent pas la réalité (cela va de soi) puisqu'ils supposent que les heures libérées par un travailleur soient automatiquement occupées par un ex-chômeur, et que les employés de plus de 55 ans ne se fassent pas virer en raison de leur âge ...

     Le résultat de ces savants calculs montre que si l'on travaillait 30 heures par semaine, et ce pendant 43 ans, alors le nombre de chômeurs baisserait de               2 127 000 têtes, et que le nombre total d'heures travaillées augmenterait de             41 241 420 000 ... Si c'est pas du résultat !

     Oui, bon, il faut financer le passage aux 30 heures hebdomadaires ... pas facile, mais quand l'on sait que le coût annuel d'un chômeur pour la collectivité est estimé à 32 000 euros, on peut légitimement espérer que la diminution massive du nombre de chômeur permettra de dégager quelques ressources ...

     Tout cela pour vous dire que si vous voulez travailler plus, ne vous gênez pas, mais faîtes le bénévolement, sinon vous pesez double dans la balance !


Posté le 19/07/2007 | 33 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

Les joies de la publicité intuitive

      Juste un petit "post", comme on dit, pour commenter les publicités intuitives qui apparaissent sur le côté droit de mon blog ... "Comment réduire ses impôts", "Loi Robien", "Loi Borloo"... Vous l'aurez compris, on ne choisit pas les publicités qui s'affichent. Ah l'intuition ... tout un art !
Posté le 02/07/2007 | 39 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

Le traité simplifié est-t-il encore trop compliqué ?

      Un accord semble avoir été trouvé, lors du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement européens, autour du projet de traité simplifié, appelé de ses voeux par Nicolas Sarkozy. Ce texte, que je n'ai pas lu, semble s'être recentré sur les aspects institutionnels du précédent traité, évacuant ainsi la troisième partie, relative aux objectifs économiques de l'Union, qui fit tant débat en France.

      A première vue, le nouveau texte tente donc de répondre aux exigences fonctionnelles d'une Europe à 27. En tant que fervent européaniste, je ne peux que me réjouir de cette relance de la construction européenne, qui n'aura pas été bloquée si longtemps que cela, soit dit en passant. Il est en effet souhaitable d'améliorer le système actuel, afin de le rendre plus efficace, plus transparant et plus démocratique.

      Ce qui me choque néanmoins, c'est la façon dont notre président envisage de faire ratifier le traité en France. En effet, la solution envisagée est celle du recours au Congrès (Assemblée nationale et Sénat réunis), où une majorité des 3/5 est requise. Rappelons, si nécessaire, que le précédent texte a été refusé par un vote référendaire négatif... Dès lors, est-il légitime de soumettre cette nouvelle mouture à une procédure différente, contournant l'expression directe du peuple souverain ? Le traité simplifié est-il encore trop compliqué pour être compris par la population ?

     Deux explications sont données pour justifier la procédure du Congrès. La première, officielle, est que le texte s'est débarassé des éléments contestés par les tenants du non à la Constitution, et que, recentré sur le fonctionnement institutionnel, le texte n'a plus qu'un caractère technique, qui ne nécessite que le vote de techniciens... La seconde, officieuse, est que tous les pro-européens craignent, à raison,  un autre échec...

     Ces explications ne me semblent satisfaisantes ni l'une ni l'autre. En effet, qui peut dire exactement les raisons du rejet du précédent traité ? S'il est sans doute vrai que la troisième partie est une des raisons principales du "non de gauche", le "non  de droite", ou plutot le "non d'extrême droite", est fondé sur des bases très différentes. Dieu sait si je n'accorde pas un respect énorme pour ces gens, mais, néanmoins, leurs suffrages ne comptent pas moins que le mien, et, qui plus est, un tel contournement ne ferait que renforcer leur discours... D'autre part, si je partage la crainte d'un éventuel rejet, cela ne me semble pas justifier un tel déni de démocratie, ou plus simplement de respect des électeurs...

     L'Union européenne s'est largement construite à l'écart des citoyens, qui, des qu'on les a sollicité, se sont empressés d'exprimer leurs craintes vis-à-vis d'un système complexe qui leur échappe. Dès lors, il me semble qu'aucun progrès significatif ne pourra être fait sans obtenir l'adhésion de la population française et européenne à un projet ambitieux et fédérateur, que l'on aura pris soin de leur expliquer.

      Les discours emprunts de mépris ("faîtes nous confiance, nous, nous savons ce qui est bien pour vous";"dîtes oui où alors le chaos régnera") sont contre-productifs, et reflètent une vision bien altérée de la démocratie.


Posté le 28/06/2007 | 48 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

Derrière la TVA sociale, une politique de l'actionnaire

Pour ceux qui se posent des questions sur la TVA sociale, voici un article de Charlie Hebdo sur le sujet :

Fillon envisage d'augmenter de 5 points la TVA. Les cotisations patronales (notamment celles sur la famille) seraient abaissées d'autant et transférées à un impôt particulier qui ne toucherait que le consommateur, autrement dit, épargnerait l'épargnant (sic).

     Les syndicats sont contre le transfert de la protection sociale à l'impôt (seule la CGC est pour). Motif : le paritarisme social, la gestion des caisses de Sécurité socialé, née en 1945, fait la part belle aux syndicats, qui trouvent dans ce paritarisme une manière d'exister, d'être représentés, d'avoir des permanents. Si la protection sociale est fiscalisée (comme en Allemagne), le paritarisme patronat-syndicats doit être redéfini. Si l'on taxe la valeur ajoutée, si l'on crée une CVA (cotisation sur la valeur ajoutée, comme le souhaitent certains socialistes), on peut admettre que les partenaires sociaux restent maîtres de la protection sociale. Mais les socialistes sont divisés sur la question. DSK est plutôt pour. Le fait que Besson-Ganelon le félon, ex-gourou des questions fiscales au PS, soit précisement chargé de faire une étude comparative avec l'Allemagne et le Danemark (TVA à 25%, le maximum autorisépar l'Europe) et de proposer un projet d'ici à six semaines traduit bien la volonté du gouvernement d'enfumer ces mêmes socialistes. Une hausse de 5 points avec basculement des charges sociales serait un cadeau de 40 milliards d'euros aux entreprises. Il leur resterait seulement 60 milliard d'euros de cotisations sociales, ce qui les ramènerait en dessous de la moyenne européenne.

    Au-delà du contexte français, quel est l'impact d'une hausse de la TVA ?

    1. La TVA est un impôt injuste car il frappe les ménages modestes, qui consomment la totalité de leur revenu, alors que les riches consomment relativement peu. [...] A cet égard, une hausse de la CSG(de tous les revenus, y compris les revenus des retraités) est beaucoup plus juste. Salaires et profits sont équiproportionnellement taxés. La hausse de la CSG est également une fiscalisation de la sécu.

    2. La hausse de la TVA "sociale" entraînera une baisse de pouvoir d'achat. A titre de comparaison, le smic sera augmenté de 2,05% en juillet. Si un salarié au smic dépense tout son salaire, 5% moins 2%, ça fait une sacrée perte ! Certes, on peut imaginer que le RMI et le minimum viellesse seront revalorisés. Mais tout dépend de l'attitude des entreprises : elles peuvent répercuter la hausse de la TVA dans les prix (auquel cas la demande diminuerait) et perdront une grande part des 40 milliards d'euros. Elles peuvent augmenter les salaires (à proportion des baisses de cotisations sociales) mais, dixit Parisot, ne le feront pas, "afin de reconstituer leurs marges".

    3. Quels seront les secteurs gagnants ? Ceux utilisant beaucoup de main-d'oeuvre et soumis à une forte concurrence internationale. Textile, habillement, construction aéronautique et navale, électronique. En revanche, les services, la restauration, le commerce interviennent sur des marchés locaux, et dans ces secteurs l'effet sur l'emploi sera donc limité.

   La morale de cette histoire, c'est que l'épargne, la rente, les actions, le capital sont épargnés. La cotisation sociale sur le salaire signifie que l'employeur détourne une partie du salaire qu'il aurait dû verser pour la protection sociale. Il participe à la protection socialedu salarié qui lui fournit son travail et crée de la richesse (puisque, paraît-il, c'est le travail qui crée de la richesse). Avec la TVA, c'est le salarié qui paye sa Sécu. Toute la différence va dans la poche des actionnaires. La messe est dite.

Oncle Bernard

 


Posté le 23/06/2007 | 45 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

Rechercher dans les articles

Vous recherchez ? :



Recommander ce blog | Contacter l'auteur | Blog illicite ? | S'abonner au blog Flux RSS du blog | Espace de gestion

Créer un blog gratuit avec Blog4ever - Jeux vidéos PC

Recherche :